Quatre grands prix d’Angoulême se vident le coeur
- Jean-Dominic Leduc
- il y a 1 jour
- 2 min de lecture
Florence Cestac, Philippe Vuillemin, François Boucq et François Schuiten. Autant de monstres sacrés, de sensibilités et d’univers réunis autour d’une table pour échanger sur la bande dessinée et sur ce qu’elle est devenue à leurs yeux.
Dans une vidéo techniquement bancale — ironie suprême, puisque cette maladresse formelle recoupe précisément les reproches adressés aux auteur·ices d’aujourd’hui — le quatuor, épaulé par des modérateurs de Charlie Hebdo, s’abandonne à une nostalgie grinçante du « c’était mieux avant ». Seul Schuiten tente, timidement, d’introduire quelques nuances. Le tout survient de surcroît dans le contexte de la débâcle du Festival d’Angoulême, qui les a jadis sacrés.
Vingt-trois interminables minutes de récriminations vaines, qui relancent le puéril débat du « beau dessin ». Les jeunes, selon eux, ne sauraient plus dessiner.
Je peux parler comme un vieux con, mais pour moi,. le style actuel, c’est des gribouillis de blogues (...) Ils ont oublié le côté dessin de la bande dessinée (…) Je n’arrive plus à faire la différence entre les dessinateurs et les dessinatrices, ils dessinent tous pareil.Â
-Vuillemin
Avant, les dessinateurs nous donnaient envie de dessiner (…) On oublie que l’écriture de la bd, c’est d’abord du dessin. (…) Je prends un bouquin, si le dessin n’est pas bien, je le referme.Â
-Boucq
Sauf votre respect, vous lisez quoi, bordel ?
Certainement pas Lewis Trondheim, Julie Doucet, Chris Ware, Taiyô Matsumoto, Mathieu Bablet, Emmanuel Lepage, Delaf, Catel, Emil Ferris, Marguerite Abouet, Alison Bechdel, Joe Ollmann, Michel Rabagliati, Jean-Paul Eid, Jimmy Beaulieu, Philippe Girard, Isabelle Arsenault… Je continue ?
Vous osez invoquer, de surcroît, André Franquin, dont le dessin vibrait littéralement sur la page ? Il vous aurait sans doute invités à vous intéresser à la nouvelle génération, comme lui n’a jamais cessé de le faire.
Vous vivez de votre art, vous avez des hordes de lecteur·ices et de chasseurs de dédicaces, vous sillonnez les festivals. Qu’avez-vous donc à gagner à vous en prendre aux nouvelles générations d’auteur·ices, qui n’auront jamais la possibilité d’évoluer dans un monde semblable à celui qui vous a propulsés, il y a quatre décennies ?
Vous avez raté l’occasion d’évoluer, de vous mettre au parfum — et, plus important encore, de vous taire. Vous avez préféré vous vider le cœur, patauger dans la bile de votre aigreur. Vous n’aidez en rien la bande dessinée en agissant de la sorte, vautrés sur un trône en toc, haut perché sur des certitudes aussi viles que confortables.
C’était mieux avant ? Vraiment ?
Vous êtes surtout la preuve que vieillir avec des certitudes suppose d’en avoir eu trop tôt — et trop longtemps. Voilà pourquoi vous peinez aujourd’hui à vous orienter dans un monde que vous avez pourtant tant voulu façonner.