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  • Jean-Dominic Leduc

Sugar Falls

Sugar Falls est une oeuvre nécessaire, bouleversante.


Sugar Falls est un devoir de mémoire, l’amorce d’une réconciliation.


Sugar Falls, c’est l’histoire de Betty Ross - et de tant d’autres membres des différentes communautés des Premières nations - qui a vécu dans un pensionnat catholique, arrachée dès l’âge de 8 ans aux siens, dépossédé de son innocence, sa culture, sa langue. Ces années passées à Cross Lake auront à jamais impacté l’existence de cette Crie, qui pourtant résista, puisant en elle la force nécessaire pour s’accrocher à son identité, sa langue et aux précieux enseignements de son père.

Sugar Falls, c’est le projet du scénariste de David Robertson, membre de la nation crie de Norway House. « Après avoir écrit 7 Generations, je voulais produire un roman graphique entièrement axé sur le système des pensionnats indiens et, après d'importantes recherches, j'ai rencontré Betty Ross. Elle m'a gracieusement offert de me raconter son histoire ; la première fois qu'elle le partageait avec qui que ce soit. Après l'avoir entendue, j'ai demandé si je pouvais écrire son histoire, et elle a accepté. »

L’une des grandes réussites de cet album est le choix de l’évocation, évacuant ainsi toute forme de sensationnalisme. Les auteurs font preuve d’un savant dosage, sans toutefois non plus nous épargner. « Vous n'allez pas obtenir un lien émotionnel en présentant des faits. Les histoires consistent à établir ces liens et, dans le cas de mon travail, à essayer d'inspirer le changement. Vous n'obtenez cela que par une narration évocatrice qui suscite des émotions et génère de l'empathie. Les défis auxquels j'ai été confronté étaient de savoir comment écrire son histoire d'une manière accessible aux jeunes lecteurs, mais sans hésiter face aux choses qui sont arrivées à Betty. En fin de compte, j'ai trouvé que trouver l'équilibre était important. Partager non seulement le traumatisme qu'elle a enduré, mais sa résilience était la clé. » Affirme Robertson. « Il y avait une conscience accrue d'être respectueux et techniquement précis, pour ne pas perpétuer les stéréotypes ou les faux pas du passé » renchérit l’illustrateur allochtone Scott Henderson, qui signe ici une approche graphique directe, au service du récit.


Le tandem livre des scènes à nous fendre l’âme. Pourtant, aucune animosité se dégage de Betty. Cet enfant nous offre une leçon de résilience, de résistance. Alors que nous nous octroyons le rôle de victime face à la menace de disparition du fait français et de notre culture, l’Histoire nous rappelle à l’ordre. Il est difficile d’accepter que nos aïeuls aient fait subir pareilles souffrances. Et que nous aurons collectivement mis tout ce temps à entreprendre un nécessaire dialogue, après plus de 400 ans de colonialisme injustifié. « J'ai écouté, plus que tout, et j'ai juste appris d'elle. Après, j'ai fait des recherches pour faire le plein d'informations, aux archives ou à la bibliothèque. Mais la plupart du temps, il s'agissait simplement d'écouter. C'est ce que nous devons tous faire ». Les auteurs ont d’ailleurs eu l’élégance de céder la parole à Betty Ross en fin d’album. Dans sa postface, elle raconte notamment avoir mis 45 ans à partager son histoire. Une fois seulement son processus de guérison amorcé, elle aura enfin pu prendre dans ses bras ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, n’ayant jamais reçu d’affection durant ses années à Cross Lake.


Sugar Falls fait oeuvre utile. Cet album se doit d’être au plus vite ajouté au corpus scolaire, pour que l’Histoire - la vraie, pas celle des conquérants - soit enseignée au plus grand nombre, pour ne plus jamais qu’elle se répète et qu’une guérison puisse enfin avoir lieu. Nous qui avons perdu face à Wolf sur les Plaines d’Abraham sommes outillés pour comprendre. Écoutons.


Sugar Falls

David Robertson, Scott Henderson

Glénat Québec

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