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  • Jean-Dominic Leduc

#PETITEGENE (BIS)

Ah, les médias sociaux.


Au risque de paraître nostalgique, je m’ennuie de l’époque - pas si lointaine - où il nous était impossible de faire le triste étalage de nos états d’âme à la face du monde en un seul clic. Ces plateformes ont de pernicieux qu’elles nous exemptent de tout sens critique et de retenue, laissant place à notre égo, insatiable bête. J’en ai pour preuve un récent échange sur Facebook entre un membre du jury d’un prix BD et un internaute.


Suite à l’annonce de la courte liste des albums québécois en lice dans le cadre de la 6e édition  de ladite catégorie des Prix des Libraires, le chroniqueur (The Paperman, Podcast Les Crinqués) et technicien en documentation à la bibliothèque du cégep de La Pocatière Marc Gagnon a fait les frais d’une attaque injustifiée d’un jury des Prix des Libraires suite à la publication d’un bref statut questionnant la liste préliminaire 2023 de son prix BD.


Son crime ? Souligner l’absence de l’album La Cité oblique d’Ariane Gélinas et Christian Quesnel publié aux éditions Alto de la liste préliminaire. Non seulement plusieurs observateurs et chroniqueurs - dont je suis - considère ce titre comme l’une des oeuvres phares de l’année 2022, mais ce que Gagnon souligne surtout ici est l’inexistence de la fiction de l’imaginaire au sein de cette sélection.



Outre Parfois les lacs brûlent de Geneviève Bigué (Front froid) de qui flirte avec le genre, la sélection compte


2 biographies :

-René Lévesque, quelque chose comme un grand homme de Marc Tessier et une douzaine d’illustratrices et illustrateurs (Moelle graphik)

-Un Paris pour Dallaire de Siris et Marc Tessier (La Pastèque)


3 récits intimistes :

-Confessions d’une femme normale d’Éloïse Marseille (Pow Pow)

-Adieu triste amour de Mirion Malle (Pow Pow)

-La fin du commencement de Fadi Malek et Anne Villeneuve (Nouvelle adresse)


Gagnon ne reproche pas la sélection faite par le jury, qui a délibéré et fait son travail. Il souligne l’absence de bandes dessinées de genre. Les faits lui donnent raison.


Là où réside le véritable problème est dans la réponse d’un des jurys dans les commentaires du statut que voici :



« … je confirme que vous êtes pathétique de penser que parce que vous aimer quelque chose c’est forcément un chef-d’oeuvre ».


Ce qui est pathétique ici, c’est l’absence de maturité et de discernement dont fait preuve ce membre du jury. Une attaque personnelle ne constitue en rien une réponse à un questionnement légitime. Non seulement ce dernier oublie-t-il que sa fonction de jury lui confère une responsabilité morale face à ses collègues, l’organisation qu’il représente et le milieu, mais il perd de vue la nature même de l’institution que ce prix représente : Les Libraires. Ce regroupement des librairies indépendantes du Québec doit en grande partie sa subsistance à la Loi du livre, qui oblige les institutions à s’approvisionner de livres chez elles. Or, Marc Gagnon est technicien en documentation dans une Cégep. Ironique, non ? Aussi, le rôle du libraire en est de susciter les rencontres entre les oeuvres et le lectorat, non pas de juger la clientèle quant à leurs goûts.


Ce membre du jury, donc, a préféré laisser libre cours à son égo meurtri plutôt que de poser son téléphone intelligent et aller prendre une marche, question de s’accorder un brin de perspective.


Ce cas n’est hélas pas isolé. Le 15 janvier 2021, je publiais un billet similaire concernant un précédent écart de conduite d’un membre d’un jury d’un autre prix BD : https://multitaches.ca/2021/01/15/jai-dit-petitegene/


Ce genre de comportement juvénile et puéril porte ombrage au 9e art ainsi aux efforts déployés des 50 dernières années de celles et ceux qui vous permettent aujourd’hui, cher membre, de siéger à titre de jury sur un prix BD.


La moindre des choses serait que vous gardiez une #petitegene

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